La prise en compte de la santé mentale continue de s’imposer comme une priorité dans de nombreux champs de notre société. Depuis de nombreuses années, un dispositif précurseur dédié à l’accueil et l’accompagnement des personnes souffrant de troubles psychiques ou psychiatriques a démontré toute son utilité : la résidence accueil.
Tout au long de l'été l'Unafo vous propose une immersion dans les dispositifs du logement accompagné avec une série d'article mettant à l'honneur résidents, acteurs de terrain et initiatives innovantes.
Grande cause nationale pour la seconde année consécutive, la santé mentale continue de se frayer une place dans le débat public après des années sous les radars. Il faut dire que les chiffres confirment année après année l’omniprésence de cette question dans la société : selon une étude menée par l’observatoire national de la santé mentale en 2025, environ 1 personne sur 5 en France souffre d’un trouble psychique (dépression, troubles anxieux, alimentaires, bipolaires, schizophréniques…), soit près de 13 millions de personnes.
« Si ce chiffre frappe par son ampleur, il ne dit pas tout de la complexité de ce sujet », explique Arnaud de Broca, délégué général de l’Unafo. « On a beaucoup parlé de la hausse des troubles anxio-dépressifs chez les jeunes depuis la pandémie de COVID-19, mais toutes les catégories socio-professionnelles et tous les âges sont touchés. Et surtout, certains paramètres viennent se rajouter aux situations individuelles, notamment la précarité qui est un facteur aggravant de la santé mentale ».
Le logement, un impensé des politiques publiques ?
Évidemment, les défis à relever pour mieux accompagner les personnes concernées sont nombreux, qu’il s’agisse de prévention, de déstigmatisation, d’accès aux soins et aux droits, ou de renforcement du suivi. Et parmi ceux-ci, il y en a un qui est assez rarement évoqué : celui du logement. Pourtant, l’accès à un logement adapté est essentiel pour préserver une bonne santé mentale ou pour consolider un processus de stabilisation voire de rétablissement, encore plus pour des personnes dont les troubles nécessitent un suivi régulier voire intensif.
« On a souvent tendance à penser qu’il n’y a rien entre le logement autonome et l’hospitalisation en établissement spécialisé », reprend Arnaud de Broca. « Pourtant, des solutions existent, notamment dans le logement accompagné où les pensions de famille accueillent des personnes dont la situation sociale et psychologique rend difficile l’accès à un logement ordinaire. Et pour les personnes encore plus fragiles, il y a la résidence accueil ».
Un dispositif pensé autour de la santé mentale
La résidence accueil est en effet une déclinaison des pensions de famille pensée spécialement pour la prise en charge de personnes dont l’état de santé nécessite un suivi renforcé. Les résidents sont pour la plupart des personnes en situation de grande exclusion, ayant des troubles d’ordre psychique, mais étant suffisamment stabilisées pour bénéficier d’un logement autonome et s’intégrer dans un cadre de vie collectif, dès lors qu’un suivi médical est mis en place en parallèle.
« La résidence accueil n’est pas un dispositif médico-social, mais bien un logement accompagné où les équipes travaillent avec les services de psychiatrie (hôpitaux de jour, CMP, services d’urgence, équipes mobiles….), les SAVS (Service d’accompagnement à la vie sociale) et SAMSAH (Service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés) », précise Tiphaine Vanlemmens, déléguée régionale de l’AFFIL* qui vient de publier une étude sur les résidences accueil en Île-de-France. « Les professionnels de ces sites ont le plus souvent des notions sur la santé mentale, ayant été formés pour la plupart suite à leur prise de poste, mais leur rôle est avant tout de travailler sur l’insertion et la stabilisation par le logement. Tout le volet médical est assuré par des spécialistes ».
Un développement renforcé mais encore insuffisant
Le développement des résidences accueil étant intrinsèquement lié à celui des pensions de famille, le dispositif a pu profiter de la dynamique insufflée par le deuxième plan Logement d’abord dont l’objectif est de créer 10 000 places supplémentaires en pensions de famille d’ici 2027. En Île-de-France, les résidences accueil représentent ainsi plus d’un quart des pensions de famille en service (39 sur 136), soit un peu plus de 800 logements. En 2026, le réseau de l’Unafo dénombre 122 résidences accueil pour un total de 2 412 logements.
« Il y a des attentes sociétales fortes vis-à-vis de la psychiatrie, et par extension, cela peut motiver certaines communes à soutenir des projets de création de résidence accueil, même si le dispositif reste assez peu connu et parfois mal perçu» , détaille Tiphaine Vanlemmens. « Mais pour autant, les capacités restent faibles au regard des besoins, et les moyens manquent. Il y a parfois un décalage entre le discours que peuvent avoir les pouvoirs publics et les capacités réelles d’intervention de la psychiatrie ».
Développer l’interconnaissance et structurer les réseaux
Ce décalage est d’autant plus évident que les résidences accueil ne peuvent jouer pleinement leur rôle que si le partenariat et le suivi médical est possible et assuré dans de bonnes conditions. Or, le secteur de la santé est aujourd’hui en souffrance – et parmi les spécialités, la psychiatrie est sans doute l’une des plus impactées. Malgré tout, dans de nombreux territoires, les deux secteurs ont appris à se connaître et à travailler ensemble au fil des années. Et s’il y a sans doute encore besoin de renforcer l’interconnaissance entre associations gestionnaires et professionnels de santé, ainsi que les moyens mis à leur disposition, de plus en plus de projets viennent faire la démonstration sur le terrain de la pertinence de cette approche sur le long-terme.
« L’un des grands enjeux pour le développement des résidences accueil reste de penser en amont l’implantation en lien étroit avec les services psychiatriques locaux, afin de savoir s’ils sont en capacité d’accueillir d’autres personnes, ou s’ils pourraient avoir besoin de logements vers lesquels orienter certains de leurs patients dont le projet et le parcours correspondent au cadre proposé par la résidence accueil », conclut Tiphaine Vanlemmens. « L’étude que nous avons menée montre que quand ces questions ont été posées, quand la réflexion a été partagée, les partenariats qui se mettent en place sont réellement gagnant-gagnant ».
Aller plus loin
L’AFFIL a publié en novembre 2025 un rapport s’appuyant sur une analyse du fonctionnement de 10 résidences accueil franciliennes. Le document revient sur le quotidien des sites, les partenariats mis en place, les difficultés rencontrées, et explore des pistes d’amélioration pour renforcer et pérenniser le développement de ces projets
Vous pouvez retrouver l’intégralité de ce travail à l’adresse suivante : https://www.affil.fr/focus-sur-les-reacutesidences-accueil.html