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« Le secteur HLM et celui du logement accompagné doivent mener bataille ensemble »

Au lendemain du 86e Congrès Hlm, tenu à Bordeaux du 22 au 24 septembre, Jean-Luc Vidon, président de la Fédération nationale des associations régionales HLM, revient pour l'Unafo sur les difficultés du secteur et le manque de visibilité des politiques du logement. Il défend une coopération renforcée entre bailleurs sociaux et acteurs du logement accompagné pour répondre aux besoins des territoires et porter ensemble leurs propositions à l’approche des échéances électorales de 2027.

Entretien avec Jean Luc VIDON, Président de la FNAR, la Fédération Nationale des Associations Régionales HLM.

 

Comment se porte le secteur HLM en ce moment ?

J-L V. : Nous sommes très préoccupés par cette crise du logement qui s’aggrave année après année et à laquelle on ne voit pas d’issue à court terme. La production reste insuffisante alors que le nombre de demandeurs ne cesse d’augmenter. Le soutien financier de l’État diminue, celui des collectivités est variable, et le manque de visibilité sur le long-terme en matière de politique du logement reste un handicap majeur.

Mais malgré ces difficultés, nous conservons une forte détermination. En 2025, nous avons agréé 115 000 logements, soit une hausse de 20% sur un an. Nous continuons aussi à investir dans la réhabilitation et l’adaptation du patrimoine au réchauffement climatique, et sommes même largement en avance sur le privé sur ce point. Bref, le mouvement est très déterminé mais nous manquons de moyens.

 

Qu’est-ce qui explique que cette crise dure ?

J-L V. : La mise en place en 2018 de la RLS, la réduction de loyer de solidarité, est venue amputer de près d’un milliard d’euros par an les capacités d’investissement des bailleurs sociaux. Cela a eu un impact direct sur la production mais aussi la réhabilitation du parc, ou le financement de la politique de gestion. En parallèle, le secteur privé est lui aussi en difficulté, et rien de suffisant n’a été fait par l’État pour endiguer la concurrence des meublés touristiques alors que cela fait 10 ans que l’on alerte les pouvoirs publics. Tout cela cumulé mène à la situation actuelle.

 

Comment les collectivités se positionnent-elles vis-à-vis de la question du logement ?

J-L V. : Les Maires sont les premiers à recevoir les doléances de leurs administrés, ils sont donc bien placés pour savoir que de plus en plus de ménages ont des difficultés pour se loger. Certains élus ont encore des réticences vis-à-vis du logement social, mais la plupart ont conscience que le manque de logements est un frein à l’habitat mais aussi à l’activité économique, à la capacité d’agir pour la transition énergétique… C’est donc à nous de montrer la diversité des solutions que nous pouvons apporter aux territoires (logement locatif social ou intermédiaire, accession à la propriété, résidences gérées…).

 

Cette diversité, elle passe aussi par le logement accompagné…

J-L V. : Évidemment, c’est un secteur qui couvre une grande diversité de dispositifs pour des publics très différents, comme les jeunes, les précaires, les personnes fortement désocialisées ou ayant des troubles psychiques… En cela, nos secteurs sont parfaitement complémentaires : il y a des ménages que nous savons accompagner et d’autres qui ont des besoins spécifiques et pour lesquels il faut une attention particulière, une expertise que le secteur associatif a et que nous n’avons pas.

 

Comment continuer à faire émerger des projets communs ?

J-L V. : En y allant ensemble. Quand on vit chacun de notre côté, ça ne fonctionne pas. Alors que lorsque nos secteurs travaillent ensemble, on est capables de répondre à quasiment toutes les problématiques des collectivités. Le secteur HLM a les capacités d’investissement, les gestionnaires savent accompagner les publics, et nous avons l’habitude de travailler ensemble dans la durée. Il faut donc faire la pédagogie de cette complémentarité : la réussite d’une politique de développement est forcément liée au relationnel avec les élus.

 

La future loi logement a remis la question de la décentralisation au cœur du débat. Quel impact cela pourrait-il avoir sur le secteur du logement au sens large ?

J-L V. : Nous sommes favorables à la poursuite de la décentralisation mais cela doit s’accompagner d’un cadre national et de moyens. Nous avons besoin d’un État stratège, qui ne fait pas à la place des collectivités mais qui pose un cadre, qui pense l’articulation entre les questions d’emploi, de transports et de logement, qui fixe un cap national en matière d’infrastructures, de redéploiement industriel, de transition écologique… Si chaque collectivité invente sa propre politique de manière indépendante, on va se retrouver avec des territoires et des villes qui se concurrencent au lieu de se compléter.

 

Quelle forme cela pourrait prendre ?

J-L V. : Cela ne pourra pas se faire de manière homogène. Le mouvement de métropolisation va se renforcer, avec moins de décisions prises à l’échelon communal. Mais dans les territoires ruraux, là ce sont plutôt les communautés de commune voire le département qui pourraient récupérer certaines compétences. On pourrait imaginer la signature de contrats entre l’État et les territoires par exemple. Mais encore une fois, il faut un cadre national avant tout.

 

Et que des moyens soient mis sur la table…

J-L V. : Le risque, c’est que l’État donne des moyens minimalistes et que les collectivités aient des approches si différentes que cela finisse par remettre en cause le principe d’égalité d’accès au logement. Il faut donc que l’État porte une vision dans la durée, au minimum sur un quinquennat, avec les budgets qui vont avec. Nous, quand on construit c’est pour 50 ou 80 ans, on a besoin de se projeter sur le long-terme. C’est pour ça d’ailleurs que nous militons activement pour le lancement de l’ANRU3, parce que la rénovation urbaine, ça s’anticipe et ça se planifie.

 

C’est ce que vous allez porter lors de la prochaine présidentielle et des législatives qui suivront ?

J-L V. : Nous allons effectivement mener une campagne « pour un quinquennat utile ». On a besoin d’une politique sur 5 ans, et pas 5 fois une politique sur un an comme on a eu récemment, avec des engagements qui ne sont pas respectés d’une année sur l’autre, et des priorités qui changent sans cesse. Ce sera aussi l’occasion de rappeler la raison d’être de notre mouvement qui est de loger la France telle qu’elle est, dans toute sa diversité. Et dans ce cadre, nous avons tout intérêt à valoriser ce que nous faisons déjà ensemble, parce qu’une partie de cette diversité, c’est le logement accompagné qui l’accueille. La campagne risque d’être compliquée, nous avons intérêt à mener la bataille ensemble, pour rappeler que nous servons l’intérêt général.