Dans une tribune publiée par La Grande Conversation, Martin Omhovère, président d’Hénéo, et administrateur de l’Unafo, dénonce la suppression des APL pour la majorité des étudiants extracommunautaires. Une mesure qui, au-delà de ses conséquences immédiates, remet en cause un principe fondateur de notre politique sociale : aider en fonction des besoins, et non de l’origine.
Depuis le 1er juillet, les étudiants extracommunautaires ne peuvent plus bénéficier des aides personnelles au logement, à l’exception notamment des boursiers, des alternants et de ceux exerçant une activité professionnelle. Présentée comme une mesure d’économie d’environ 200 millions d’euros par an, cette décision fragilise directement des milliers de parcours étudiants.
Dans sa tribune, Martin Omhovère conteste l’idée selon laquelle cette aide bénéficierait principalement à des étudiants disposant déjà de ressources suffisantes. Les données de l’Observatoire national de la vie étudiante montrent au contraire que 40 % des étudiants étrangers ont connu de graves difficultés financières, contre 16 % des étudiants français.
Un filet de sécurité très limité
Le maintien des APL pour les étudiants boursiers ne permet pas de protéger la majorité des jeunes concernés. Les conditions d’accès aux bourses sur critères sociaux excluent en pratique la plupart de ceux qui arrivent directement de l’étranger. Selon les estimations de l’Unafo, moins de 10 % des étudiants extracommunautaires peuvent y prétendre.
Hénéo, qui gère 6 000 logements meublés, dont un quart en résidences universitaires, mesure directement les conséquences de cette réforme. Les étudiants extracommunautaires représentent environ un tiers de ses résidents étudiants. Pour eux, l’APL s’élève en moyenne à 250 euros par mois et couvre près de 45 % de leur redevance.
Sa disparition provoque donc un déséquilibre immédiat, dans un contexte où les étudiants étrangers rencontrent déjà davantage de difficultés pour accéder au logement, notamment pour réunir une caution ou trouver un garant.
Une économie aux conséquences disproportionnées
Martin Omhovère souligne également le décalage entre les économies attendues et les effets possibles sur l’attractivité de la France. Les étudiants internationaux contribuent chaque année à hauteur de près de 5 milliards d’euros à l’économie nationale. Ils représentent aussi 35 % des doctorants des universités françaises et occupent une place importante dans les filières scientifiques et techniques.
La suppression des APL s’ajoute par ailleurs à la hausse des droits d’inscription différenciés prévue à compter de la rentrée 2026. Le coût supplémentaire peut ainsi atteindre près de 4 700 euros par an en licence et 5 700 euros en master.
« Aider selon le besoin ou selon l’origine ? »
Pour le président d’Hénéo, la portée de la réforme dépasse largement la seule question étudiante. Depuis la loi Barre de 1977, les aides à la personne constituent l’un des piliers du modèle économique du logement social et accompagné. En conditionnant désormais leur accès à un critère lié à la nationalité, la mesure ouvre une rupture plus profonde.
Une interrogation que Martin Omhovère résume ainsi : notre politique du logement doit-elle continuer « d’aider selon les besoins, ou commencer à aider selon l’origine ? Qu’une bascule d’une telle portée n’ait, jusqu’à présent, suscité qu’un débat aussi discret est peut-être ce qu’elle a de plus préoccupant ».