Le rapport d’évaluation de la politique du logement social dans les Outre-mer, pour lequel l'Unafo a été auditionnée a été présenté en juin par les députés François Jolivet et Karine Lebon au Comité d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée nationale. Il dresse un constat sans détour : face à l’ampleur de la crise du logement dans les territoires ultramarins, un changement d’échelle est indispensable.
Auditionnée dans le cadre de ces travaux, l’Unafo a pu contribuer à cette réflexion aux côtés de plusieurs de ses adhérents. Jean-Marc Calmel, directeur d’Accors en Guadeloupe et administrateur de l’Unafo, Arnaud de Broca, délégué général, et Pierre-Marc Navales, chargé de mission, ont été entendus à l’Assemblée nationale. À La Réunion, Karine Lebon a également échangé avec Olivier Wagner et les équipes de la Mission intercommunale de l’Ouest, qui gère le FJT du Port, ainsi qu’avec Matthieu Francomme, directeur de l’association Allons Déor.
Accélérer la production de logements sociaux
À travers une quarantaine de propositions, les rapporteurs appellent à soutenir une accélération massive de la production de logements sociaux et à lever les freins qui entravent l’accès à un logement décent et abordable dans les Outre-mer. Ils plaident notamment pour que l’État revienne sur le gel prévu en 2026 des crédits de la ligne budgétaire unique, qui finance le logement social dans les DROM, et inscrive au contraire son action dans un plan pluriannuel de rattrapage.
Le rapport insiste également sur la nécessité de mieux répondre aux besoins des ménages les plus modestes. Les députés proposent que les logements très sociaux représentent au moins 30 % de la production, avec le développement du LLTS, équivalent ultramarin du PLAI, et le déblocage du LLTS-A, équivalent du PLAI adapté, dans l’ensemble des cinq DROM. Cette orientation apparaît d’autant plus nécessaire que les territoires ultramarins connaissent des réalités démographiques contrastées : vieillissement marqué aux Antilles, forte croissance en Guyane et à Mayotte, besoins accrus de petits logements, de logements pour les jeunes et de solutions adaptées au vieillissement.
Développer le logement accompagné
Le logement accompagné occupe une place importante dans les préconisations. Les rapporteurs soulignent le retard persistant des DROM en matière de résidences sociales, de foyers de jeunes travailleurs, de pensions de famille, d’intermédiation locative et de solutions d’hébergement. L’écart avec l’Hexagone est particulièrement parlant : les DROM comptent seulement 0,38 place de résidence sociale pour 1 000 habitants, contre 3,02 places en moyenne en France entière. Alors que les objectifs du Logement d’abord 2 restent insuffisamment atteints, les parlementaires rappellent que l’augmentation des moyens consacrés à l’hébergement et au logement accompagné n’a pas bénéficié aux Outre-mer à la hauteur des besoins.
Dans ce contexte, la mise en place de l’APL-foyer constitue une avancée indispensable, mais elle ne suffira pas sans une mobilisation financière plus forte de l’État et des collectivités. Le PLOM 3 fixe déjà un objectif d’ouverture de 500 places supplémentaires en pensions de famille et de 1 110 places en résidences sociales. Les rapporteurs appellent à sécuriser cette dynamique pour développer durablement une offre adaptée aux réalités sociales et territoriales ultramarines.
Renforcer le pilotage national et local
Au-delà des moyens, le rapport pointe aussi la nécessité d’un pilotage renforcé. Il propose la mise en place d’un comité national de pilotage de la politique du logement, de l’hébergement et de l’habitat, le renforcement de la DGOM et la finalisation du PLOM 3. Il invite également à donner davantage de marges de décision aux collectivités ultramarines, notamment en matière d’aménagement, d’adaptation des normes, de gouvernance locale et de délivrance des autorisations. Le rôle des conseils départementaux et territoriaux de l’habitat et de l’hébergement devrait ainsi être renforcé.
Faire émerger un réflexe ultramarin
Enfin, les députés appellent à faire émerger un véritable « réflexe ultramarin » dans la gouvernance de l’ensemble des acteurs du logement. Pour l’Unafo, cette recommandation fait écho à une conviction forte : les Outre-mer doivent être pleinement pris en compte dans les politiques nationales, non comme une exception, mais comme des territoires au cœur des réponses à construire pour le logement social et accompagné.