Catégories
  • Publication Unafo

Centre de formation

Le centre de formation dédié aux métiers du logement accompagné est à votre disposition pour répondre à vos besoins de formation.

En savoir plus

Dans le prolongement du travail effectué par le Conseil économique, social et environnemental (CESE), l’Unafo et l’ensemble des gestionnaires du Logement Accompagné entendent se saisir de la question de l’attractivité des métiers du secteur.

C’est l’une des principales préconisations du rapport du CESE sur les métiers de la cohésion sociale paru fin 2022 : face au manque d’attractivité dont souffrent certains postes, il est urgent de « redonner la priorité au sens du travail dans les métiers du social ». Comme le précisait le rapporteur, Evanne Jeanne-Rose, lors de la table-ronde organisée par les ALI en octobre dernier, « on a l’habitude d’aborder ces problèmes-là sous le prisme de la question de la politique de l’emploi, de la rémunération, des contrats de travail… alors que ce qui interroge vraiment aujourd’hui, c’est l’activité elle-même : comment est-ce qu’on travaille ? Les gens que nous rencontrons sur le terrain nous disent tous : ‘j’ai l’impression de ne plus pouvoir faire mon travail, j’en ai perdu le sens’ ».

Redonner du « sens » au travail est un débat qui revient régulièrement ces dernières années. Mais derrière ce mot « super totem » comme le qualifie celui qui est aussi le vice-président de l’UNAHJ, chacun a tendance à mettre des réalités très différentes. La Dares* dans son étude Quand le travail perd son sens parue en août 2021, essayait de poser le cadre en fixant deux critères principaux au « sens » des métiers du social, la cohérence éthique et l’utilité sociale des métiers, auxquels s’ajoutait un 3e critère, le développement personnel – c’est-à-dire la capacité des salariés à continuer à apprendre tout au long de leur carrière.

Des métiers pas comme les autres

Si le CESE, dans son avis, proposait notamment de mettre en place en urgence une « nette revalorisation des salaires et des recrutements en alternance » (une demande partiellement prise en compte par le Ségur de la Santé), il soulignait aussi l’importance d’améliorer les conditions de travail des professionnels, d’anticiper l’évolution des activités et de renforcer la formation continue.

Chez Adoma, premier employeur du secteur, on a pleinement conscience de cette nécessité de permettre aux salariés de se projeter dans la durée. « Pour s’investir dans nos missions, il est important que nos collaborateurs y voient une véritable source d’épanouissement et non un simple vecteur d’une vie matérielle, familiale et de loisirs », affirme Élodie Chabanne, Directrice des Ressources Humaines de l’entreprise. « Chacun cherche à donner un sens à sa vie professionnelle, mais c’est aussi à l’entreprise de donner un sens collectif à l’action portée sur le terrain. Cela passe par une approche plus transverse de nos métiers, par des managers qui motivent et font confiance à leurs équipes. Le collaborateur convaincu d’être au bon endroit auprès des bonnes personnes, sera engagé et incarnera sa fonction avec persuasion ».

À l’ANEF Vallée-du-Rhône, un travail est mené depuis deux ans avec un cabinet pour mettre en place une nouvelle organisation plus collégiale, avec notamment un pôle ressources renforcé qui doit permettre aux travailleurs sociaux de consacrer un maximum de temps à l’accompagnement des publics. « La réalité de nos métiers, c’est une aggravation des situations que l’on a à gérer, avec des publics qui cumulent les difficultés, les addictions, les troubles du comportement…», rappelle Sébastien Templier, Directeur général adjoint de l’association. « Les jeunes qui arrivent et découvrent cette réalité peuvent être rapidement découragés quand ils voient le manque de
moyens avec lesquels nous devons composer. Et pour nos équipes aussi, c’est de plus en plus dur. Alors on essaie de trouver d’autres manières de fonctionner, avec un management moins pyramidal qui vise à leur donner plus d’autonomie et de responsabilités ».

Sur sa pension de famille d’Annonay, l’association a déjà pu avoir un avant-goût de l’impact de ce type d’approche plus horizontale. « Notre mission, c’est d’animer un lieu de vie, de créer du lien social et de permettre à chacun, résident comme employé, de trouver sa place », témoigne le responsable du site, Stéphane Chataigner. « On observe, on discute, on vit ensemble, et petit à petit, on aide les gens à se reconstruire. Notre travail, c’est de l’humain, pas de l’administratif même s’il en faut bien sûr un peu. Mais tout le temps passé par exemple à saisir des données dans un système informatique, c’est autant de temps qu’on ne passe pas au contact des gens ».

Face au déficit d’attractivité du secteur, on ne peut pas se contenter d’une simple lecture RH de ces questions – même si les structures ne peuvent pas faire l’impasse sur la question des salaires, des congés ou de l’équilibre vie privée/vie professionnelle. Mais dans ces métiers dits « à vocation », perdre le sens, c’est perdre l’essence même de ce pourquoi on a choisi cette voie.

Koudiev SIDIBÉ, Responsable du Centre de formation de l’Unafo

Cet article est à retrouver dans le numéro 65 d’Action Habitat

 

Aller plus loin …